La disparition du géant aux deux oreilles

Après cette première session du nouveau Grand Conseil neuchâtelois qui, entre autres expériences plus réjouissantes, m’a fait découvrir de l’intérieur la brutalité des luttes de blocs, il me reste un autre regret, qui pourrait être (discrètement) partagé par d’autres député-e-s. Au milieu de plusieurs dossiers qui ont fait beaucoup de bruit, il y a un qui à mon avis n’en a pas fait assez.

C’était un sujet sans débat et un vote convenu: 21.029ce, «Changement de dénomination». Ce rapport du Conseil d’Etat scelle la nouvelle répartition des différents services dans les nouveaux départements. Selon les termes du communiqué publié le 12 mai, «le gouvernement élu a souhaité inscrire l’organisation des départements dans la continuité, tout en apportant quelques ajustements et de nouvelles dénominations de départements avec l’objectif de répondre aux défis à venir.» Changement de nom, oui, mais pas seulement. Le mot «ajustement» sonne comme un euphémisme eu égard à la radicale division apportée par cette réorganisation, qui sonne comme un retour en arrière.

Feu le DEAS…

Car dans la foulée et apparemment sans faire un pli, un grand projet de huit ans s’est éteint. En silence.

J’ai nommé le DEAS, Département de l’économie et de l’action sociale. Démantelé, démembré, avorté. Le thème de l’économie est allé rejoindre le Département de la sécurité et de la culture (DESC) et le thème de l’emploi a été intégré au Département de l’emploi et de la cohésion sociale (DECS). Ceci pour servir «une répartition équilibrée des responsabilités, permettant à chaque membre de mettre à profit ses compétences et expériences.» Soit. Nouvelles personnalités, nouvelles spécialités.

Mais tout de même. Quel dommage… Il y avait une telle pertinence à aborder la problématique centrale de l’emploi sous ses différentes facettes, plutôt que de part et d’autre de la lorgnette. Il y avait de vrais succès à la clé, mesurables et mesurés. Une approche ambitieuse qui avait fait ses preuves. La volonté clairvoyante d’intégrer les différents paramètres d’une réalité complexe pour garantir la cohérence et la convergence.

Le DEAS était-il un «mammouth» ingouvernable ? En référence au conseiller d’Etat qui le dirigeait, je ne sais pas s’il fallait – selon les termes employés dans la presse – avoir «cinq cerveaux» pour le diriger, mais il a été démontré qu’il fallait en tout cas ouvrir ses «deux oreilles» aux acteurs de l’emploi, afin de prévenir la catastrophe du fonctionnement en silos…

Transversal et indivisible

Reste à tabler sur la collégialité et l’excellence de la collaboration entre départements, ainsi que des flux de communication entre les différentes entités en contact avec les acteurs de l’emploi. Compte tenu de la (visible) bonne entente entre les ministres concernés qui n’écouteront pas le problème que d’une oreille, il n’y aura vraisemblablement pas besoin de créer un poste de délégué-e à la transversalité!

Espérons toutefois que la rivalité entre les deux blocs politiques – qui font campagne en revendiquant «l’emploi» comme s’il leur appartenait! – n’aura pas raison de l’édifice patiemment construit lors des dernières législatures. Car le marché de l’emploi, aussi bien incarné par l’évolution du paysage économique que par le développement de l’employabilité, forme bel et bien un tout indivisible.

2 commentaires sur « La disparition du géant aux deux oreilles »

  1. Chère Caroline,
    On peut en effet regretter la scission des services de l’emploi et de l’économie, feu le DEAS ayant si bien fonctionné sous J.N. Karakash. Mais rien n’indique qu’un autre chef de département aurait le même succès.
    Il m’est arrivé souvent de le dire lors des nombreuses restructurations que j’ai vécues, toute organisation mérite qu’on lui donne une chance. Finalement, quelle qu’elle soit, ce sont les hommes et les femmes qui la font fonctionner ou pas; en l’occurrence un homme et une femme, avec l’appui du Grand Conseil. Faisons-leur confiance et soutenons-les dans l’intérêt commun, sans dogmatisme. Les députés sont élus pour ça.

    J’aime

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