Lettre à Hedy Lamarr

Chère Hedwig,

Je pense souvent à toi. Tu es l’icône fascinante de ma musique intérieure. Tu incarnes à la fois la face A et la face B de cette musique en stéréo qui tourne en boucle dans ma tête. Stéréo, comme les préjugés et stéréotypes de la beauté que tu as bravés envers et contre tout. Stéréo, comme les deux facettes de ta personnalité.

Toi qui dès le départ, as défié le destin, puisque lorsque tu es née, en novembre 1914, ta mère aurait préféré que tu sois un garçon. Elle aurait voulu t’appeler Georg. Tu es venue au monde en tant qu’Hedwig Kiesler. Puis, bien des années plus tard, c’est la MGM qui t’a donné le nom de scène qui t’accompagnera au firmament en tant qu’actrice, Hedy Lamarr.

Célébrée comme «la plus belle femme du monde», tu disais que pour avoir l’air glamour, il suffisait «de se tenir tranquille et d’avoir l’air idiote», lassée par ce que tu appelais ton «masque». Là où personne ne t’attendait, tu as outrepassé les projets clinquants que le monde avait pour toi.

Dans le jardin secret de tes véritables aspirations, tu as eu l’audace de donner sa liberté à un esprit brillant prêt à changer le monde. Tu as su jongler entre les paillettes et l’obscurité de ton laboratoire personnel, où tu as donné libre cours à ton génie.

Star d’Hollywood le jour, scientifique par vocation secrète, la nuit… A quoi pensais-tu pendant que tu posais, offrant ton visage d’ange aux projecteurs qui ont fait de toi une pin-up?

Toi qui, en pleine guerre, as consacré heures perdues à ta passion secrète. Toi qui, avec ton complice George Antheil, as développé la technique dite de «l’étalement de spectre», un système de codage pensé pour l’armée, qui a plus tard ouvert la voie au développement du wifi, du GPS et du bluetooth.

Tu n’as pas seulement été une pionnière dont les réflexions ont posé les fondements des technologies modernes de communications sans fil. Dans une époque où le droit aux rêves était strictement défini par le genre, tu as brisé les codes pour tracer ton autre chemin. Au-delà du carcan des apparences, tu as été pionnière de l’éclosion du talent féminin et de sa force.

2 réponses à « Lettre à Hedy Lamarr »

  1. Merci Caroline, je ne la connaissais pas. Georges Antheil a été il y a quelques années un compositeur joué à CDF.

    J’aime

    1. Hedy Lamarr est une femme incroyable, à découvrir! Le compositeur Antheil a été son complice dans l’invention du système de codage inspiré des bandes de papier perforées qui équipaient les pianos mécaniques.
      Enfin, tous les chemins mènent à La Chaux-de-Fonds puisque « Still Life », une pièce magnifique sur Lamarr est actuellement jouée au TPR.

      J’aime

Laisser un commentaire