La langue française doit vivre

Au milieu d’une véritable jungle d’objets dits B (propositions émanant des député-e-s) que le Grand Conseil s’escrime à défricher, s’est trouvée une motion UDC 22.142 «Pour une langue vivante qui appartient à ceux qui la pratiquent». Un objet insolite contre l’adaptation des manuels scolaires selon les nouvelles règles de la langue française, faite de bric et de broc, tournée de manière à flatter les conservateurs tout en faisant rêver les progressistes. Autant dire une utopie démagogique, qui a d’ailleurs été largement refusée par le Grand Conseil. Voici mon intervention au nom du groupe Vert’libéraux-Le Centre; si je me rallie au pragmatisme, on peut m’accuser de toutes sortes de choses… mais certainement pas de ne pas aimer la langue française.

C’est le drame d’une histoire d’amitié impossible dont nous parlons aujourd’hui. C’est la longue guerre fratricide, au fil des siècles, de deux sœurs malheureuses, que l’on tente encore et encore de réconcilier. En vain.

Il faut se faire une raison ; la langue orale, vivante, fluctuante, insaisissable n’a jamais été l’amie de l’orthographe écrite, rigide, sévère et normative.

L’orthographe, précisément créée au XVIIe siècle pour mettre la langue sous tutelle et pour empêcher son traitement écrit phonétique qui prévalait au Moyen Âge, n’a, dans les faits, jamais eu raison de la puissance et de la vivacité de la langue.

La situation est complexe. Car dans le sérail des prescripteurs de l’orthographe, il n’y a pas que les deux grandes familles rivales et virulentes des conservateurs et des progressistes. Entre ces deux camps, il y a les usages, la pratique, la spontanéité, la recherche d’inclusion, les innovations et il y a surtout nos écoles et nos enfants qui ne peuvent en aucun cas être les otages de cette querelle insensée et sans issue.

Cet équilibrisme malsain se reflète d’ailleurs dans la formulation fallacieuse et racoleuse de cette motion: elle est tournée de manière à flatter les conservateurs, farouches opposants à la réforme de l’orthographe, tout en faisant rêver les progressistes, défenseurs d’une «langue vivante»…

La bataille de la légitimité

Non, Mesdames et Messieurs, ne nous laissons pas jeter de la poudre aux yeux. Ne nous engouffrons pas dans cette guerre d’érudits qui nous mènerait à une «consultation générale», pire qu’une usine à gaz, une usine à soufre, qui commencerait par la bataille de la «légitimité» entre les différents milieux pressentis, pour savoir qui, du professeur, du didacticien, de l’écrivain, du linguiste ou du cuistre à la petite semaine, serait le plus légitime à imposer son avis!

Voilà bien un sujet où chacun s’épanche volontiers. Que l’on soit motivé par ses connaissances dans les sciences du langage, par ses idéaux ou simplement par l’attachement viscéral aux règles que l’on a soi-même apprises, il y a autant de visions divergentes et de positions tranchées que d’amoureux inconditionnels de la belle langue de Molière.

L’atermoiement consultatif n’est pas une solution ; ce sont de fausses promesses que de laisser entendre que nous réconcilierons à coup d’ateliers participatifs nos deux sœurs ennemies, qui dans les faits, continueront à cohabiter sans partager ni leurs vies, ni leurs règles de vie.

Dans cette approche réaliste, il nous apparaît que la décision de la Conférence intercantonale de l’instruction publique est un compromis moderne et acceptable, qui fait la part des choses entre l’évolutionnisme compulsif et la résistance au changement primaire.

Nous ne céderons ni aux sirènes de l’élitisme, ni aux démons de la démagogie bon marché ; nous suivrons la position pragmatique du Conseil d’Etat et refuserons cette motion à l’unanimité.

Motion UDC 22.142 «Pour une langue vivante qui appartient à ceux qui la pratiquent»

Une infirmerie digne pour l’établissement de La Promenade

Le 18 mai dernier, lors d’une sous-commission COGES, j’ai visité avec deux collègues députés l’Etablissement de détention de la Promenade, à La Chaux-de-Fonds. Cela fut également l’occasion de nous rendre compte sur place de l’objet d’un rapport du Conseil d’Etat 22.015 à l’appui d’un crédit de 5’557’000 francs pour la construction d’une nouvelle infirmerie. J’avoue que cette visite, ainsi que les conditions sanitaires précaires de l’infirmerie provisoire, installée dans des modules préfabriqués insalubres, ont touché ma fibre humaniste. C’est dans ce contexte que j’ai pris la parole lors de la dernière session du Grand Conseil au nom du groupe vert’libéral-le Centre; certes l’exécution des peines et mesures prévue par le Code pénal suisse doit être garantie, avec la responsabilité de répondre aux exigences éthiques et humaines des soins de santé en milieu pénitentiaire.

«C’est quand on entre dans une cellule de prison, qu’on mesure la distance entre le lit et la fenêtre, quand l’on aperçoit dans le bois d’une vieille porte séculaire les coches gravées qui marquent le rythme des jours de détention, c’est quand on se projette dans une vie de treize mètres carrés que l’on comprend ce que signifie d’être privé de liberté. La privation de liberté est une sanction. Mais la privation de liberté est aussi une souffrance.

C’est de cette souffrance que nous parlons aujourd’hui. Cette souffrance qui rend humainement indispensable la présence d’un Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaire qui bénéficie d’installations adéquates dans un établissement tel que la Promenade.

Parce que, dans un tel établissement, ce sont des situations très lourdes qui sont vécues par les détenus à chaque étape de leur parcours: le choc de l’incarcération, la cohabitation forcée, la coupure avec l’extérieur, les fouilles, les règlements, la censure, le contrôle.

Mais aussi parce que, dans un établissement de détention, il existe différents profils humains: des trajectoires brisées, des personnes traumatisées ou présentant des besoins en médication. Parce que dans un établissement de détention, on se blesse. Il arrive même que l’on tente de mettre fin à ses jours. Dans une prison aussi, la souffrance physique et psychique doit être prise en charge dans des conditions dignes.

Or, les conditions actuelles de prise en charge ne correspondent ni de près ni de loin à ce qu’on peut attendre d’infrastructures médicales. Nous avons pu l’observer nous-même sur place lors d’une visite en sous-commission, dans un container improbable qui ressemble plus à un cabanon de chantier qu’à une infirmerie.

Dès lors, il est urgent de pourvoir l’établissement de la Promenade d’une nouvelle infirmerie qui soit dignement équipée, pour le respect des soignants et celui des détenus: le groupe Vert’libéral-Le Centre acceptera à l’unanimité le crédit destiné à sa construction.»

Rapport 22.015 du Conseil d’Etat
Rapport 22.015_com de la Commission des Finances

365 jours au parlement neuchâtelois…

Cela fait aujourd’hui une année que j’ai eu l’honneur d’être élue au Grand Conseil neuchâtelois. Je profite de l’occasion de donner un éclairage sur une fonction plus lourde qu’il y paraît, pour des représentant-e-s politiques de milice.

Car être députée, ce n’est pas seulement siéger chaque mois en plénum – parfois jusqu’à 22 heures le mardi soir pour des sessions marathon – et choisir à chaque scrutin d’appuyer sur un de ces trois boutons devant moi, avec la responsabilité de représenter dignement les personnes qui m’ont élue et de rester toujours en plein accord avec mes convictions…

  • C’est aussi consacrer deux jeudis soirs sur quatre à préparer les sessions avec son groupe, souvent en ligne – en bonne compagnie, mais les ordres du jour sont chargés et les discussions sont nourries.
  • C’est lire des rapports et des rapports… Nous sommes un petit groupe: 12 vaillant-e-s représentant-e-s du groupe VL-LC, soit la moitié des grands groupes (PLR, PS et VertPOP), qui comptent entre 21 et 32 membres. En termes de préparation et de prise de parole sur les différentes thématiques, nous devons nous répartir un grand nombre de dossiers entre un petit nombre de député-e-s. Cela implique beaucoup de temps investi à étudier les rapports pléthoriques et parfois tentaculaires qui nous sont soumis.
  • C’est participer aux travaux en commission et en sous-commission. J’ai la grande chance de participer aux travaux de la commission de gestion, et en sous-commission du DESC (Département de l’Economie, de la Sécurité et de la Culture), qui sont exigeants mais passionnants. C’est à mes yeux la facette la plus éclairante et enrichissante de cette fonction de députée. C’est d’ailleurs au sein de ces commissions que se concrétise l’essentiel du travail politique.

Un exercice d’équilibrisme pour les actifs!

On me demande souvent combien d’heures cela représente d’être députée; en ce qui me concerne, je dirais cela représente approximativement 30 heures de séances par mois, plus l’étude des dossiers. C’est un investissement important en temps et en énergie, car il faut à chaque fois se plonger dans des problématiques très diverses, qui nécessitent d’en connaître l’historique, les coulisses et les champs de tension…

Il ne faut pas sous-estimer le dévouement de la politique de milice; l’honneur et la responsabilité de siéger au Grand Conseil impliquent un certain nombre de sacrifices pour une personne en activité professionnelle, à plus forte raison pour une mère ou un père de famille… c’est un véritable exercice d’équilibrisme!

A propos des démissions…

Je tiens d’ailleurs à remettre les pendules à l’heure: les médias n’ont pas manqué de relever à juste titre qu’il y a eu beaucoup de démissions depuis le début de cette législature, suscitant un bourdonnement de fond ponctué de remarques sexistes qui m’ont – comme toujours – mise hors de moi. C’est tellement facile de juger.

Je comprends le sentiment de désertion d’un-e élu-e, mais j’invite chacun à faire preuve compréhension et d’un minimum de retenue. Le sens du devoir, c’est aussi de se rendre compte qu’on a ou non la capacité de s’impliquer suffisamment pour exercer une telle fonction de milice, et plus prosaïquement de gérer les aspects organisationnels et financiers.

Car il est vraiment difficile, vu de l’extérieur et lorsqu’on se présente pour la première fois, de mesurer l’ampleur de la tâche… Lorsque les partis rassemblent des forces vives pour les élections, il est de leur devoir d’informer avec transparence et clarté ce que signifie de se porter candidat-e à une telle fonction.

Gravir les marches du Château

Pour ma part, ayant assisté comme journaliste à de nombreuses sessions par le passé, je croyais bien connaître le terrain. J’étais pourtant bien loin de mesurer tous les contours de cette réalité. Observer et commenter, c’est plus facile que de mettre la main à la pâte!

Pour conclure… être députée, c’est un peu comme lorsqu’on décide de gravir les 126 marches pour atteindre le Château: c’est particulièrement fatiguant quand on n’est pas exercé, mais quand on arrive en haut… c’est un vrai bonheur! Très humblement, j’apprends beaucoup ; à chaque nouvelle page que j’aborde, c’est avec un peu plus de souplesse, de profondeur et de plaisir. Merci à toutes celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance.

Il y a quelques marches à gravir avant de découvrir le magnifique Château de Neuchâtel de l’intérieur.

J’ai l’accent neuchâtelois et j’en suis fière!

«A quand une marque forte pour porter l’image et soutenir le développement du Canton de Neuchâtel?» «Ce printemps! », répond le Conseil d’Etat à mon interpellation, dans une réponse écrite détaillée qui confirme le lancement imminent d’une marque neuchâteloise. Non, le train de la domiciliation n’est pas passé, nous sommes dedans! Prochain arrêt NEU-CHÂÂÂ-TEL, comme le dit si bien notre sympathique chef de train CFF. Et si nous nous mobilisions ensemble pour promouvoir les atouts de notre canton?

J’ai l’accent neuchâtelois. On me le dit souvent. Je ne cherche pas à le cacher ou à le modifier. Mon canton, j’y suis attachée. J’ai pendulé à Berne et à Lausanne pendant plusieurs années, mais je reviens toujours à mon port d’attache, je ne l’ai jamais quitté. J’aime le canton de Neuchâtel dans la pluralité de ses facettes et de ses contrastes. Je l’aime de Haut en Bas et de Bas en Haut, comme un être complet et un tout indissociable, comme une patrie, celle à laquelle j’appartiens en premier.

Oui, je me sens d’abord neuchâteloise! Et j’en suis fière. Mais je ne l’exprime ni assez bien, ni assez fort, ni assez souvent. Dans nos contrées, nous avons une culture de la réserve, de la retenue, de la modestie. Alors que d’autres natifs bombent le torse, nous restons spontanément en retrait…

Résultat, on nous dit souvent qu’on ne sait pas se vendre! Et justement. C’est ce qui doit changer. L’habitude de faire profil bas peut être bienvenue dans toutes sortes de situations, mais se révèle une entrave lors qu’il s’agit de valoriser notre territoire, nos forces et nos atouts. Alors que notre démographie montre une timide embellie, c’est l’occasion ou jamais de dépasser nos freins et de foncer!

Une marque neuchâteloise pour ce printemps

C’est dans ce but que j’ai déposé une interpellation au Grand Conseil, pour connaître les intentions de notre gouvernement pour promouvoir notre canton au-delà des frontières, sous une bannière forte et unie, qui puisse à la fois porter notre image et développer notre démographie. D’autres cantons romands ont déjà franchi le pas avec Vaud+, Marque Valais ou encore Jura l’original.

La réponse du Conseil d’Etat nous promet une marque pour ce printemps, sous la houlette du délégué à la domiciliation. Notre quotidien Arcinfo se fait l’écho de cette thématique. Je me réjouis de savoir que notre gouvernement la prenne au sérieux, en annonçant également que «le développement continu et la mise en valeur des atouts territoriaux/résidentiels cantonaux vont également constituer une priorité du nouveau programme de législature qui sera dévoilé en mars.»

Je ne peux que saluer cette volonté politique: comme toute démarche de promotion et de communication, ce projet sera fortement exposé, tant aux critiques faciles qu’aux statistiques à court terme. Pour porter ses fruits, il devra forcément s’inscrire dans la durée. L’effort sera d’autant plus intense que les grincheux et les quérulents ne manqueront probablement pas de se faire entendre, sans rien amener de constructif.

Fédérer et embarquer les ambassadeurs

Pour ma part, je suis très enthousiaste à l’égard de ces travaux, même si j’émets une réserve par rapport aux premières étapes réalisées en solo par l’Etat: consultation à l’interne et lancement unilatéral administratif, exclusivement sous l’aspect résidentiel. Je déplore que la démarche n’ait pas inclus dès le départ les milieux économiques, culturels et touristiques, qui devraient être les premiers partenaires et surtout les principaux ambassadeurs du projet.

La réflexion doit être portée et incarnée non seulement par nos institutions, mais aussi par les acteurs en dehors de l’administration qui sont des points de contact pour tout visiteur ou pendulaire: entreprises, associations, clubs sportifs, centres culturels, hôtellerie, restauration, etc. Pour donner à cette marque l’écho et le retentissement nécessaires à son déploiement, ces organisations doivent aussi pouvoir se l’approprier.

Une marque, c’est n’est pas un papier à entête!

A côté de ça, quand on parle de marque, on ne parle pas d’un tampon administratif ou d’un papier à entête! Il faut veiller à créer un fil rouge transversal qui exprime des valeurs auxquelles tout ambassadeur peut s’identifier. Ce n’est pas un coup de peinture en surface, c’est une démarche identitaire en profondeur qui ne se résume pas à du graphisme! La création d’une marque territoriale, ce n’est pas seulement un logo ou une identité visuelle, mais une réflexion globale sur le rapport au citoyen, au contribuable, au pendulaire, à tout ambassadeur officiel ou officieux de notre canton.

Enfin, la promotion du canton, en Suisse et à l’étranger, n’est pas que l’affaire de l’Etat et des organisations actives dans notre canton. C’est aussi notre affaire, à nous qui sommes fiers d’être neuchâtelois. N’hésitons pas à le rappeler. Avec l’accent, comme ce facétieux chef de train qui, en dépit des grincheux, a fait tant sourire les voyageurs de la ligne CFF du pied du Jura: «prochain arrêt NEU-CHÂÂÂ-TEL!»

Lire mon interpellation
Lire la réponse du Conseil d’Etat

Canton de Neuchâtel, Suisse.

Aide aux médias – le mot qui manque…

Les prochaines votations fédérales se rapprochent à grands pas et je prends la plume in extremis pour vous recommander de voter OUI au train de mesure pour le soutien aux médias. C’est un sujet qui me passionne et qui me touche de près. Entre autres parce que le journalisme a été mon premier métier et que je suis donc bien placée pour le comprendre. Cette expérience me permet de mesurer chaque jour à quel point la pratique du journalisme est mal interprétée et mal comprise. En lisant la documentation explicative autour de ce «train de mesures en faveur des médias», il m’apparaît également que la communication autour de ce projet fédéral ne fait pas exception à la règle: dans l’intitulé officiel, il manque le mot magique!

Non, le mot magique, dans ce cas de figure, ce n’est pas «s’il vous plaît»! Le mot magique, c’est «information». En parcourant la documentation officielle de la Chancellerie, je n’ai pas trouvé ce mot à l’endroit où il aurait dû figurer. C’est pourtant la mission commune et la raison d’être des différents organes de presse, petits et grands, nationaux et régionaux, écrits et audiovisuels, que nous sommes appelés à soutenir lors de ce scrutin. Alors que le débat se cristallise autour de la taille des entreprises concernées, de leur actionnariat et de leur cote de sympathie, moi, j’aurais plutôt souhaité qu’on éclaircisse la nature de leur activité en précisant que le soutien est accordé aux médias «d’information».

L’information, un métier

Qu’est-ce que l’information? Dans la jungle des «médias» assimilés actuellement à tous producteurs de contenus, portés indifféremment par la logique des plateformes sociales, qu’ils soient blogueurs, influenceurs, égéries ou fakers, la réponse n’est pas si évidente. Comment légitimer l’information? A ce titre, le préambule de la Déclaration des droits et des devoirs du journaliste publiée par Impressum est éclairant. Le professionnalisme devrait agir comme fil rouge dans ce projet de soutien aux «médias», car le journalisme est un métier, avec une déontologie et des règles claires (reflet de la diversité des opinions, protection des sources, droit de réponse, etc.). Dès lors, à mon sens, le débat, ce n’est pas de savoir si tel éditeur ou groupe de presse mérite plus qu’un autre d’être subventionné, c’est de savoir si les conditions sont toujours réunies, au sein de ces entreprises diverses et variées dont le cœur d’activité est l’information, pour que les journalistes puissent exercer correctement leur métier et leur mission d’intérêt public.

Aujourd’hui, cette mission est mise à mal par le déplacement des budgets publicitaires sur des plateformes qui ne sont PAS régies par des missions d’information (mais par le tiroir-caisse de Mark Zuckerberg) et la pression toujours plus grande sur les équipes productives au sein des médias d’information. S’il porte le goût amer d’un modèle économique aujourd’hui défaillant, ce paquet de subventions ciblées est néanmoins une nécessité pour préserver ces édifices fragilisés, garants d’une information fiable et professionnelle.

Ma seule réserve concerne le soutien dévolu à la «presse associative», qui ne relève justement pas, selon moi, de la presse; je ne vois pas bien en quoi les groupes d’intérêt, sous prétexte qu’ils éditent une «publication propre» peuvent être assimilés à des médias, précisément parce qu’ils n’ont PAS la vocation d’informer mais celle de communiquer! Nos autorités fédérales font semblant de ne pas avoir compris, signe d’un compromis typiquement helvétique favorable aux activités de lobbying avec lequel je peux vivre dans ce contexte, mais sans plus.

Revaloriser le métier de journaliste

Ce qui me tient à cœur, c’est que ce soutien, notamment à travers les mesures dites «générales» permette au plus grand nombre d’employeurs de la branche, petits et grands, de poursuivre leur activité en engageant des journalistes professionnels. Car ce qui mérite d’être soutenu, protégé, renforcé et revalorisé, c’est le métier de journaliste.

Vous me trouvez idéaliste, vous pensez qu’il y a trop de «mauvais» journalistes, mais croyez-moi: quand il n’y aura plus de journalistes professionnels, vous les regretterez! Si ce métier meurt, victime collatérale de la machine de guerre des GAFAM (qui n’ont nullement pour vocation d’informer!), il est certain que des énergies se mobiliseront pour le faire renaître de ses cendres. Le journalisme sera un phœnix. Car la démocratie ne peut s’en passer.

Je croise les doigts. En tant que communicante et en tant que députée, je compte bien que les journalistes puissent continuer à contrarier mes plans. Car c’est leur métier et leur rôle.

C’est ce que je rappelle régulièrement à mes employeurs et collègues politiciens: le prisme des professionnels de l’information fait certes souvent obstacle à nos «communications» telles qu’on les aurait rêvées, mais paradoxalement, leur donne aussi de la valeur. C’est en effet cet équilibre et cette «tension» qui sont non seulement le fondement de toute crédibilité, tant du côté du journaliste que du côté du porteur de message, mais aussi la condition sine qua non, dans une démocratie, de l’existence ou de la survie d’une profession dont la mission affirmée est la production d’une information fiable et indépendante.

Car c’est bien pour défendre et renforcer cette mission essentielle et décisive du journalisme que le peuple suisse est appelé à se prononcer sur ces soutiens accordés aux employeurs, pour le plus grand bien du débat démocratique et de l’information d’intérêt public. Ne vous trompez pas de combat et votez OUI à l’aide aux médias.

Stimuler et accompagner la digitalisation

Lors de la session du Grand Conseil neuchâtelois de janvier, le groupe Vert’libéraux-Le Centre a fait la différence pour permettre la création d’une commission thématique Digitalisation, à laquelle la gauche était opposée. J’ai eu l’honneur de me faire la porte-parole de notre groupe parlementaire. Voici mon intervention, orientée sur l’importance d’aborder la digitalisation sous l’angle humain. Cette commission devra se garder d’une approche strictement technocratique et ne pas faire l’impasse sur la sensibilisation, la compréhension et la formation à l’usage de ces outils, en gardant à l’esprit que le digital doit résolument rester au service de l’humain. Il est plus que temps de prendre le contrepied du slogan informatique bien connu, pour confirmer que ce n’est pas le «problème» mais bien la «solution», qui se trouve «entre la chaise et le clavier!»

«Il n’est plus l’heure de tergiverser et de se demander si la digitalisation exerce oui ou non une influence profonde sur notre vie quotidienne, sur nos modes de consommation, sur nos infrastructures, sur notre environnement de travail, sur nos divertissements ou encore sur nos modes de communication… C’est une réalité: le digital a radicalement transformé nos vies, personnelle et professionnelle. Nos institutions publiques ne font pas exception.

Dès lors, vu l’importance de ces enjeux, le groupe Vert-libéraux-Le Centre soutiendra à l’unanimité la création d’une commission thématique Digitalisation. Nous refuserons l’amendement visant à inscrire dans la loi un principe de subsidiarité par rapport à certaines commissions. Nous n’en comprenons pas bien l’intention car il introduit une distorsion qui nous semble arbitraire. Nous comptons sur le bon sens du bureau du Grand Conseil pour qu’il inscrive les activités de cette nouvelle commission thématique dans une démarche pertinente, constructive et complémentaire. Nous soulignons qu’il n’est évidemment pas question d’alourdir inutilement les processus et de créer des redondances, mais plutôt, sur des dossiers identifiés et ponctuels, d’encourager, de consolider et d’accompagner ce mouvement complexe au sein de notre administration, dans un esprit de communauté d’action, d’impulsion, de soutien et d’intelligence collective.

Digital ou numérique?

Faut-il parler de digital ou de numérique ? C’est un faux débat. Personnellement, c’est à dessein que j’utilise le terme «digital»: à mes yeux, le gouvernement pourrait bien avoir fait le bon choix, ne serait-ce qu’en regard de l’usage spontané prépondérant auprès du public. Par ailleurs, si l’on veut s’attarder sur la nuance terminologique, le terme «numérique» fait exclusivement référence à un monde fait de «1» et de «0», alors que l’anglicisme «digital» a l’avantage, en français, de se rapporter au mot «doigt» ; je saisis l’opportunité d’y voir une référence aux êtres humains qui interagissent sur les claviers ou écrans tactiles et d’inclure le facteur humain dont on doit absolument tenir compte, au pays des «1» et des «0»…

Cette vision inclusive du mot «digital» me donne l’occasion de rappeler l’importance – tant stratégique qu’opérationnelle –, lorsqu’on traite de dossiers liés aux technologies, de ne pas oublier de considérer leur versant humain. En effet, la sensibilisation, la compréhension et la formation à l’usage de ces outils représentent la clé pour optimiser non seulement leur intégration mais aussi leur acceptation. Il est vital et essentiel de garder à l’esprit que la technologie est au service de l’humain. Et non le contraire.

Nous en profitons pour souligner que nous partageons la volonté exprimée en commission de diversifier les profils des commissaires, qui seraient «des personnes sensibilisées et intéressées à la question» plutôt qu’exclusivement des spécialistes de l’informatique. Cela permettra d’éviter l’écueil de la vision technocratique récurrente selon laquelle, de toute façon, «le problème se situe toujours entre la chaise et le clavier». Dans notre approche de la digitalisation, osons prendre le contrepied de ce lieu commun et rappeler que d’évidence cela n’est pas le «problème», mais bien la «solution», qui «se situe entre la chaise et le clavier!»

A quand un positionnement stratégique du canton?

Les Accords de positionnement stratégique (APS) ont été présentés au Grand Conseil lors de cette dernière session de l’année dans un rapport du Conseil d’Etat. C’est quoi, un APS? Sous ce sigle pompeux se cache tout simplement le positionnement de «marque» de chacune des quatre régions de notre canton – Littoral Neuchâtel, Montagnes neuchâteloises, Val-de-Travers et Val-de-Ruz – à travers leurs spécificités et leurs atouts. Les APS s’inscrivent dans une démarche concertée de marketing territorial mené en 2017 par les Communes et le Canton, accompagnés par l’association objectif:ne (ex-RUN). De son côté, le Canton est-il vraiment allé jusqu’au bout de la réflexion? Il nous apparaît que non… Voici la prise de position du groupe verts’libéral-le Centre dont j’ai eu l’honneur d’être la porte-parole.

«Quatre régions neuchâteloises, quatre visages, quatre portraits, quatre positionnements complémentaires : le groupe vert’libéral-Le Centre salue le soin mis à faire briller ces quatre facettes de notre joyau cantonal, fruit d’un important travail réalisé par toutes les parties prenantes.

Pour écrire une partition à plusieurs voix, il faut se parler, échanger, s’affirmer, se différencier, mettre en avant ses atouts, ceci dans le respect et la complémentarité.

Les accords de positionnement stratégique ainsi définis rappellent l’importance de la transparence, de la concertation et d’une vision partagée, qui forment les piliers indissociables de la cohésion de notre canton et de son rayonnement.

Le positionnement est une étape-clé dans toutes démarche de marketing; c’est également valable en termes de marketing territorial. Au-delà des mots, le positionnement permet de communiquer, de valoriser les forces, mais aussi d’orienter des mesures concrètes.

Concernant les interrogations de la commission Péréquation, la question du retour sur investissement est un classique en marketing; la question est habituelle et pertinente, mais il faut rappeler qu’elle ne peut être mesurée qu’en fonction d’objectifs fixés d’avance, réalistes et temporellement définis.

Enfin, à nos yeux, en lien avec ces travaux, il se pose une autre question impérieuse qui doit nous permettre d’inscrire cette belle mosaïque de positionnements régionaux dans un horizon plus large… Positionner les parties, c’est bien, mais il serait grand temps de positionner le tout!

Alors que le canton continue de perdre des citoyens et compte tenu du temps nécessaire à tout déploiement de marque pour porter ses fruits, il est urgent, pour soutenir les efforts de domiciliation, de définir un positionnement stratégique, une identité et une image fortes pour notre canton dans son ensemble.»

La réponse évasive du Conseil d’Etat sur ce dernier point m’a laissée sur ma faim. «Un canton, un espace» a-t-on répondu, alors qu’il s’agit clairement d’un concept administratif et d’un slogan tourné vers l’intérieur et non vers l’extérieur! Le terme de «mosaïque» est été repris, apparemment sans être compris: la mosaïque représente justement, à travers différents fragments un tableau visible et compréhensible dans une lecture globale. Une mosaïque n’a de sens et de raison d’être que si elle dessine, par petites touches distinctes, une vue d’ensemble et un tout cohérent.

Une lacune criante…

Pour soutenir les efforts des différents délégués à la domiciliation, notamment vis-à-vis des pendulaires, ne serait-il pas judicieux de positionner notre canton et ses atouts vis-à-vis des autres cantons romands? Depuis quelques années, les termes «rayonner» et «faire rayonner» sont constamment dans toutes les bouches, dans tous les discours et traduisent bel et bien une nécessité pour notre canton qui se dépeuple.

Pourtant, je déplore l’absence d’une réflexion d’ensemble qui aurait permis d’aller jusqu’au bout de la démarche de marketing territorial entamée avec le APS régionaux. Notre canton a bien besoin qu’on soutienne son image au-delà des frontières, comme un tout et comme un diamant unique aux facettes multiples. On attend la suite…

Vert’libéraux neuchâtelois

Bye-bye les affiches sexistes!

Ces derniers temps, j’ai suivi avec intérêt, passion et engagement la progression des mesures pour l’interdiction de la publicité sexiste dans le domaine de l’affichage. Les dispositions cantonales sont entrées en vigueur en début d’année dans le canton de Vaud, pionnier en la matière. Au mois d’août, le Grand Conseil neuchâtelois a mandaté le Conseil d’Etat pour étudier les possibilités de légiférer. Dans la foulée, une motion allant dans ce sens a été déposée récemment à Berne. La communication et la publicité, c’est mon métier. Pourtant, au moment de voter, je n’ai pas hésité une seconde à me prononcer en faveur de l’interdiction. Pourquoi? Explications et plaidoyer pour une réglementation stricte anti-sexisme.

Chapitre 1: Flashback et ouverture de la boîte de Pandore

Je suis née dans les seventies. Une époque où les imageries sexistes fusaient de partout. Petites filles, nous avions à peine appris à marcher qu’on nous faisait déjà «rêver» avec une poupée stéréotypée et hypersexualisée appelée Barbie, avec des pieds de plastique moulés qui ne pouvaient être chaussés que de talons hauts. Elle était condamnée à marcher sur la pointe des pieds… Même Barbie Aerobic. Et puis, comment ne pas se souvenir de ce raz-de-marée d’affichage en 1981 avec la campagne de «teasing», dédiée justement à démontrer le pouvoir de l’affiche, par la promesse de cette jeune fille qui annonçait par monts et par vaux, «demain, j’enlève le haut», la campagne aguicheuse par excellence. Promesse habilement tenue, aussi pour «le bas», flattant des instincts que l’on pourrait qualifier de bas!

Dix ans plus tard, ô merveille sexiste de derrière les fagots, une marque de voiture explorait le style hétéro-beauf avec le slogan «Il a l’argent. Il a le pouvoir. Il a l’audi. Il aura la femme.» Et nous, nous avons le dégoût…

Enfin, en apothéose du genre, dans les années 2000, nous avons eu le privilège d’être submergés par la vague violente du «porno chic», mettant en scène des mannequins dénudés dans des postures avilissantes pour promouvoir des marques de vêtements ou de parfums.

Ce ne sont que quelques exemples choisis. Car nous avons eu le temps d’en voir passer, des imageries issues du sexisme ordinaire, stéréotypées et dégradantes. Au cours de nos jeunes années, puisque c’était présenté comme la normalité, on n’avait pas vraiment remarqué. C’était culturel, intégré, assimilé. Ménagère sexy tu seras, comme la maman dans Boule et Bill.

Ou pas. Finalement, mon esprit critique – plutôt aiguisé – s’est réveillé en cours de route.

Chapitre 2 : est-ce bien raisonnable «d’interdire» ?

Pour certains, la simple idée d’interdire fait frémir. Pourtant, je n’ai pas entendu autre chose qu’une argumentation pseudo-libérale et dogmatique pour contrer la réglementation de l’affichage. Inventaire.

Pourquoi en faire tout un plat? Parce que, et c’est bien là toute la profondeur de la problématique – les motionnaires neuchâtelois Socialiste-PopVert l’ont bien relevé – il est exact que nous sommes profondément et inconsciemment marqués par les représentations de la société qui nous sont présentées, et ce dès notre plus jeune âge. Les images dont on nous abreuve à coups d’espaces publicitaires ciblés (et dont le but est de nous influencer) façonnent les perceptions. Il en va de notre responsabilité sociétale que d’agir à la source.  

Mais alors, faut-il aussi interdire la musique ou les œuvres d’art sexistes? La comparaison ne tient pas. Je suis bien placée pour le rappeler: la finalité avouée de toute publicité est non seulement de maximiser l’impact des images véhiculées mais aussi d’influencer les comportements. Ceci sur un emplacement spécifiquement acheté afin d’atteindre une cible définie. Le principe étant valable tant pour une activité commerciale que pour une campagne publique de prévention ou la promotion d’une ONG. C’est précisément en cela que la publicité se différencie de l’art: elle n’existe pas en dehors de ces objectifs qui en sont à la fois l’essence et le moteur.

Pourquoi réglementer l’affichage et pas les autres formes de publicité? D’abord parce que ce support publicitaire, contrairement à tous les autres, est du ressort des cantons. Parce que l’affichage s’appuie sur le domaine PUBLIC, appartenant aux citoyens. Et parce que son caractère territorial rend particulièrement concrète l’application d’une réglementation, contrairement aux diffusions publicitaires par les médias et les GAFAM.

Comment juger de ce qui est sexiste ou non? «Toute communication commerciale qui discrimine l’un des deux sexes en portant atteinte à sa dignité est déloyale»Une liste de critères précis (règle B.8) a été établie par la Commission suisse pour la loyauté, une institution paritaire, neutre et indépendante qui a été créée par la branche (en 1966 déjà!) pour but de garantir l’autocontrôle en matière de publicité. Le législateur s’appuie sur ce texte.

Puisque cette commission qui fixe des règles éthiques en matière de communication commerciale est active au niveau suisse, pourquoi légiférer? Parce que cela fait plus d’un demi-siècle qu’elle existe et que, même si Barbie porte aujourd’hui des baskets, les publicités sexistes, elles, continuent à proliférer en toute impunité. La preuve, c’est que le sexisme reste le premier motif de plainte auprès de la Commission pour la loyauté.

Des faits, rien que des faits. C’est le moment d’inverser la question: est-ce bien raisonnable «de NE PAS interdire»?

Chapitre 3 : hier et aujourd’hui

De tout temps, la publicité a été mal perçue et mal aimée. En raison de sa nature intrusive, mais aussi en raison de toutes les dérives écœurantes dont le public a été gratifié depuis des décennies. Pour calmer le jeu, la branche s’est dotée précocement de principes éthiques… non contraignants!

Dommage, les publicitaires font figure de mauvais joueurs. Sous quel prétexte peut-on refuser de mettre hors-la-loi les clichés nauséabonds qui ternissent l’image de la profession? Est-ce à dire que les professionnels de la pub n’ont pas assez d’idées créatives pour communiquer de manière percutante sans utiliser des stéréotypes rances? Ce n’est évidemment pas le cas. Il n’y a aucun prétexte crédible pour une agence, entreprise ou organisation de vouloir se soustraire à une ligne de conduite stricte, qui a largement démontré sa nécessité.

Enfin, cette idée de réglementer la publicité est-elle un phénomène de mode, anachronique et «militant»? Absolument pas!

J’en veux pour preuve les propos d’un homme que le monde de la publicité considère comme un génie visionnaire, le célèbre publicitaire David Ogilvy, qui répondait en 1964 à un journaliste sur la question de savoir qui doit prendre l’initiative de réformer la publicité: «J’aimerais bien que ce soit nous, publicitaires. Mais nous ne le faisons pas. Alors, au gouvernement de faire le pas – et de nous protéger contre nous-mêmes.»

Tout est dit. Plus d’un demi-siècle plus tard, il n’est plus l’heure de se donner de fausses excuses. On ne va pas attendre plus longtemps que ça fonctionne tout seul. Transformons la société par la moelle épinière. Allons de l’avant.

On aura tout vu…

Grand Conseil ou jeux du cirque?

Lors de la dernière session du Grand Conseil la semaine passée, un «détail» m’a à nouveau interpellée… Pour la deuxième fois depuis le début de la législature, le Grand Conseil a été gratifié d’une salve d’applaudissements mêlés de grognements satisfaits provenant de tribord, le résultat du scrutin étant manifestement de nature à ravir les intéressés. Cela m’a fait penser aux claps-claps qu’on entend après la chute d’une bonne blague ou celle d’une assiette qui s’échappe de mains maladroites, reflétant la jubilation, le triomphe et un certain sentiment d’être en position de faire la leçon.

Clap-clap!

J’ai moi-même voté comme les «clapeurs» mais j’ai déchanté sur la forme; ont-ils conscience de la dissonance de leur réaction par rapport au contexte? Sommes-nous à un spectacle? Sommes-nous aux jeux du cirque? Sommes-nous à une soirée entre copains? Avons-nous entendu une bonne blague qui suscite l’hilarité? Une équipe de foot a-t-elle gagné dans les environs? Que fait l’arbitre?…

Loin du stade, nous sommes au Grand Conseil neuchâtelois. Au sein d’un hémicycle où les parties prenantes exercent les droits démocratiques, au service des citoyens qui les ont élus. Ce type d’applaudissements victorieux sont totalement déplacés – évidemment sans rapport avec les applaudissements solennels qui viennent clore l’assermentation de députés ou l’élection de juges.

Et si tout le monde avait la satisfaction aussi bruyante que les députés concernés, que penseraient-ils si, après un vote favorable aux femmes, des cris de guerre féministes retentissaient à l’autre bout de la salle? Qui serait le premier à dégainer une motion d’ordre?

Allons Messieurs, un peu de tenue. Nous qui avons l’honneur d’être élu dans un législatif cantonal, n’oublions pas d’être respectueux. Il y a toujours moyen d’attendre la fin de la session pour s’auto-congratuler à l’heure de l’apéro.

La disparition du géant aux deux oreilles

Après cette première session du nouveau Grand Conseil neuchâtelois qui, entre autres expériences plus réjouissantes, m’a fait découvrir de l’intérieur la brutalité des luttes de blocs, il me reste un autre regret, qui pourrait être (discrètement) partagé par d’autres député-e-s. Au milieu de plusieurs dossiers qui ont fait beaucoup de bruit, il y a un qui à mon avis n’en a pas fait assez.

C’était un sujet sans débat et un vote convenu: 21.029ce, «Changement de dénomination». Ce rapport du Conseil d’Etat scelle la nouvelle répartition des différents services dans les nouveaux départements. Selon les termes du communiqué publié le 12 mai, «le gouvernement élu a souhaité inscrire l’organisation des départements dans la continuité, tout en apportant quelques ajustements et de nouvelles dénominations de départements avec l’objectif de répondre aux défis à venir.» Changement de nom, oui, mais pas seulement. Le mot «ajustement» sonne comme un euphémisme eu égard à la radicale division apportée par cette réorganisation, qui sonne comme un retour en arrière.

Feu le DEAS…

Car dans la foulée et apparemment sans faire un pli, un grand projet de huit ans s’est éteint. En silence.

J’ai nommé le DEAS, Département de l’économie et de l’action sociale. Démantelé, démembré, avorté. Le thème de l’économie est allé rejoindre le Département de la sécurité et de la culture (DESC) et le thème de l’emploi a été intégré au Département de l’emploi et de la cohésion sociale (DECS). Ceci pour servir «une répartition équilibrée des responsabilités, permettant à chaque membre de mettre à profit ses compétences et expériences.» Soit. Nouvelles personnalités, nouvelles spécialités.

Mais tout de même. Quel dommage… Il y avait une telle pertinence à aborder la problématique centrale de l’emploi sous ses différentes facettes, plutôt que de part et d’autre de la lorgnette. Il y avait de vrais succès à la clé, mesurables et mesurés. Une approche ambitieuse qui avait fait ses preuves. La volonté clairvoyante d’intégrer les différents paramètres d’une réalité complexe pour garantir la cohérence et la convergence.

Le DEAS était-il un «mammouth» ingouvernable ? En référence au conseiller d’Etat qui le dirigeait, je ne sais pas s’il fallait – selon les termes employés dans la presse – avoir «cinq cerveaux» pour le diriger, mais il a été démontré qu’il fallait en tout cas ouvrir ses «deux oreilles» aux acteurs de l’emploi, afin de prévenir la catastrophe du fonctionnement en silos…

Transversal et indivisible

Reste à tabler sur la collégialité et l’excellence de la collaboration entre départements, ainsi que des flux de communication entre les différentes entités en contact avec les acteurs de l’emploi. Compte tenu de la (visible) bonne entente entre les ministres concernés qui n’écouteront pas le problème que d’une oreille, il n’y aura vraisemblablement pas besoin de créer un poste de délégué-e à la transversalité!

Espérons toutefois que la rivalité entre les deux blocs politiques – qui font campagne en revendiquant «l’emploi» comme s’il leur appartenait! – n’aura pas raison de l’édifice patiemment construit lors des dernières législatures. Car le marché de l’emploi, aussi bien incarné par l’évolution du paysage économique que par le développement de l’employabilité, forme bel et bien un tout indivisible.