L’Etat, la communication, la démocratie

On pourrait croire que c’est un détail… Et pourtant, la lisibilité et l’accessibilité de la documentation de l’Etat représentent un enjeu essentiel pour améliorer et stimuler l’exercice démocratique. C’est en ayant cet objectif décisif à l’esprit que le Grand Conseil a traité le rapport 24.108 sur le langage simplifié, qui répondait à deux postulats sur cette thématique. Tout comme la majorité de l’hémicycle, le groupe vert’libéraux-Le Centre a accepté ce rapport, en formulant cependant des attentes élevées par rapport à la mise en pratique des principes de qualité, de simplicité et d’accessibilité énoncés dans le document du Conseil d’Etat qui s’est révélé – ironie du sort – passablement alambiqué et complexe à la lecture… Un mauvais exemple qui illustrait précisément et bien contre l’intention de son auteur le grand malentendu de la communication entravée.

«Communiquer, c’est faire le chemin vers l’autre. Dans cet exercice de communication, il y a un piège dans lequel tout le monde tombe: c’est de présupposer que notre vis-à-vis est au même niveau d’information, de connaissance et de compréhension que nous. Or, c’est à près toujours faux.

Dans notre monde hyperconnecté où les émetteurs de messages se disputent notre attention sur des canaux de communication toujours plus nombreux, c’est encore plus faux. Nous recevons toujours plus de messages, toujours plus de sollicitations et par conséquent, nous avons de moins en moins d’attention à disposition.

Ce contexte fait entièrement partie de la problématique : nous ne sommes pas moins aptes à déchiffrer des documents que par le passé, mais disposons de moins de temps d’attention pour aborder des messages longs et complexes. Il faut garder à l’esprit que les jeunes générations sont nées dans le bruit digital, saturé de sollicitations permanentes et omniprésentes.

Et l’ingénieur continue de parler la langue de l’ingénieur…

Cet environnement contemporain n’est généralement pas assez bien compris et intégré pour susciter une évolution spontanée : on en reste volontiers à ses habitudes, sans filtre et sans égard pour son audience. L’ingénieur continue de parler la langue de l’ingénieur. Le médecin continue de parler la langue du médecin. Et les responsables politiques continuent de parler ce bijou de la langue française, j’ai nommé le jargon administratif, ses accents technocratiques, ses sigles pléthoriques et ses acronymes pleins de charme.

Pour bâtir des ponts, il faut être prêt à les franchir. C’est bien à l’émetteur d’un message de faire le chemin jusqu’à son destinataire. A plus forte raison, c’est le travail essentiel et la mission du service public dans son devoir d’information que de rendre ses messages lisibles et accessible pour le plus grand nombre. Cela nécessite entre autres de veiller à supprimer les obstacles classiques qui pénalisent la communication de l’Etat: le jargon, les sigles et acronymes, les termes abstraits, les tournures complexes, les phrases trop longues.

Le jargon institutionnel, un fléau pour la démocratie

Il faut avoir à l’esprit que ce qui est un obstacle infranchissable pour une personne présentant des difficultés de lecture ou de compréhension est aussi un repoussoir pour l’ensemble de la population, un fléau pour l’égalité des chances, la cohésion sociale et la démocratie.

C’est une mission essentielle de service public que de communiquer avec l’ensemble de la population, en adoptant des pratiques inclusives, comme le langage FALC « facile à lire et à comprendre » et en rendant les canaux digitaux « faciles à surfer ». Que ce soit sur la forme ou sur le contenu, l’objectif prioritaire doit être de veiller à ne perdre personne en route. Cela doit être le cas pour la documentation officielle, plateformes numériques, matériel scolaire et brochure d’information pour les votations, comme le demandent les postulats.

A la lecture du présent rapport portant sur le langage simplifié, nous nous sommes demandé s’il répond lui-même aux préceptes qu’il défend… Nous nous limiterons à souligner qu’avec une structure complexe et une énumération de sigles et d’acronymes trop abondante, il est possible de perdre le plus averti des publics…

L’étape de la sensibilisation

Une phrase d’une grande simplicité a spécialement retenu notre attention: « Rédiger en langage simplifié demande un effort et une évolution des habitudes ». En effet. Le chemin est long. Il serait utile de ne pas tarder à sensibiliser le personnel concerné et à appliquer ces principes.

C’est ce que le groupe vert’libéral-le centre attend de la démarche du Conseil d’Etat, présentée comme «progressive et pragmatique», mais qui ne nous paraît pas aller assez loin. Nous accepterons néanmoins le classement de ces deux postulats et porterons une attention particulière aux efforts fournis pour améliorer la lisibilité et l’accessibilité de l’ensemble de la communication de l’Etat.»

Rapport du Conseil d’Etat sur le langage simplifié

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