Sisyphe et le contrat de l’absurde


Quand j’ai le sentiment de perdre mon énergie dans des combats absurdes, je pense à ce héros déchu… Sisyphe. Ce titan vaincu de la mythologie grecque, condamné à faire rouler un immense rocher pour le faire remonter le long d’une colline…  A chaque fois qu’il atteint le sommet, le rocher dégringole et il doit recommencer. Eternellement.

Dans son «Mythe de Sisyphe», Albert Camus aborde cette vaine recherche de sens enlisée dans un monde inintelligible: l’absurde. Il n’y a pas de punition plus terrible que celle de Sisyphe. Celle d’être enfermé dans un rôle insensé et sans issue. Rien n’est jamais accompli, tout repart indéfiniment à zéro.  Et en finalité, ce cycle infernal ne mène ni ne sert à rien.

C’est parfois ce que l’on peut ressentir dans certaines fonctions, lorsque l’on exécute des tâches rébarbatives, répétitives, qui n’ont pas de sens… Faute que quelqu’un leur en donne! C’est l’ère des bullshit jobs de qu’il s’agit de dépasser. Devant le contrat de l’absurde, il est temps de se ressaisir et de rallumer sa conscience, en tant qu’employé mais aussi en tant qu’employeur. Quand il y a de l’absurde, il faut chercher à le dépasser.

Trois règles de vie inspirées de la philosophie

J’ai cherché chez Camus des clés de lecture des fondements parfois absurdes du monde du management, pour une réflexion de fond inspirée de son analyse de la condition humaine. Pour échapper à l’absurde, il s’inspire de la posture du philosophe et propose trois pistes: la révolte, la liberté et la passion. «Je tire ainsi de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté et ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort (…).»

Par la force de la pensée, la révolte décuple notre combativité. C’est à travers la révolte et la compréhension d’une adversité commune que naissent la solidarité et l’humanisme.

La liberté se trouve dans l’instant présent. C’est cette acceptation de l’instantanéité qui nous permet de devenir libres, avec la conscience de nos limites.

La passion, enfin, c’est d’aimer ce qu’on vit et de se battre contre l’indifférence. Chez Camus, le philosophe tire de sa conscience de l’absurde «la plus pure des joies, qui est de sentir et de se sentir sur cette terre.»

Prendre de la hauteur et éclairer le sens

Camus nous invite à revoir le contrat de l’absurde pour le sublimer à travers ces trois piliers. Cet éclairage nous permet de retrouver et de communiquer une vision d’en haut de la colline pour pouvoir regarder le monde dans son entier et (se) donner des objectifs qui ont du sens au quotidien: rappeler la raison d’être de l’entreprise, rééquilibrer les parties prenantes du contrat, expliquer tout cahier des charges sous l’angle d’une stratégie commune, signer des objectifs partagés.

L’aveuglement mécanique et l’esprit du taylorisme, c’est du passé! Libérons Sisyphe de son supplice, en inscrivant tout geste «absurde» dans quelque chose de plus grand, qui porte du sens. Pour soi, mais aussi pour les autres.

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