En finir avec le syndrome du grand coquelicot

Avez-vous déjà entendu parler du syndrome du grand coquelicot? C’est l’histoire de cette fleur flamboyante qui, pour ne pas dépasser du champ, préférait se couper la tête!

Dans le monde du travail et parfois plus largement, sortir du lot, c’est s’exposer à la jalousie professionnelle et à l’hostilité du reste du groupe. On fait alors le choix de l’autocensure pour se plier à la pensée unique dominante.

C’est le travail d’une de mes étudiantes qui m’a fait découvrir ce phénomène social malheureusement très répandu, qui nous vient de l’anglais «tall poppy syndrom». Ce concept venu d’Australie décrit un paradoxe typique du monde de l’entreprise, qui traduit la nécessité pour les profils saillants d’entrer dans un moule plutôt que de s’illustrer.

En effet, dans certains milieux professionnels, les personnalités les plus brillantes, celles qui se démarquent, sont vite considérées comme «arrogantes» et invitées à entrer dans le rang. Les plus concernés par ce syndrome sont les profils créatifs, les esprits pionniers et les hauts potentiels.

Sans surprise le biais de genre alourdit la facture: on paie encore bien plus cher de sortir du lot quand on est une femme!

On observe que les personnalités trop visibles, innovantes, qui démontrent des compétences exceptionnelles suscitent vite des jalousies qui les exposent à des comportements agressifs, brimades, rejet, exclusion, voire à des actes malveillants allant jusqu’au sabotage de leur travail.

Dans les cultures d’entreprises délétères, il s’ensuit dans sa forme la plus effarante une sorte de valorisation de la médiocrité, qui voit se répandre le règne des falots. D’une main, on nomme les flagorneurs ternes aux postes en vue et de l’autre, on coupe la tête des grands coquelicots pour qu’ils ne dépassent pas!

Délit de visibilité ou de singularité

Pour les personnes concernées, ce vécu ou cette conscience d’une mise à ban pour délit de visibilité ou de singularité sont durs à vivre psychologiquement. Alors on s’éteint. On étouffe sa singularité. On ne s’exprime pas trop. On tait son talent. On s’autosabote…

En réfléchissant à ce triste phénomène, je pense en particulier à plusieurs amies qui présentent toutes les caractéristiques du grand coquelicot. Elles se reconnaîtront. Je leur envoie tout mon soutien! J’en profite pour leur rappeler de ne pas se laisser atteindre par le venin de la jalousie, qui doit glisser sur elles comme sur les plumes d’un cygne…

Enfin, ce serait à coup sûr une opération gagnante pour tout le monde, du côté des personnes concernées mais aussi des organisations, d’intégrer harmonieusement les esprits saillants et atypiques dans les équipes. Notre époque a besoin de personnes capables de pensées arborescentes et divergentes, voire disruptives! Il est temps de passer de l’ère du «tall poppy syndrom» à celle de la «tall poppy culture».

2 réponses à « En finir avec le syndrome du grand coquelicot »

  1. C’est encore pire dans les partis politiques où sévissent les comités centraux.

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    1. Ce syndrome existe dans tout type d’organisation… et je comprends bien ton commentaire!

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