Pourquoi je ne me représente pas au Grand Conseil


Depuis que les enveloppes sont arrivées dans les boîtes aux lettres, je reçois des messages étonnés : «Je ne t’ai pas trouvée sur la liste». Non, car je n’y suis pas… Je sors par la petite porte séculaire du Château de Neuchâtel, qui laisse entrer les lueurs de la Collégiale et nous oblige, nous modestes élu·e·s, à baisser la tête pour nous rappeler que nous ne sommes que de passage, dans des lieux majestueux qui perdurent…

Mon mandat de députée, commencé en 2021 se termine à fin mars 2025. J’ai dû, pour différentes raisons, prendre la difficile décision de ne pas me représenter au Grand Conseil et de mettre ma vie politique entre parenthèses, pour le moment.

Parce que, concrètement, le statut d’indépendante et les mandats de milice ne font pas bon ménage. Parce que, je l’avoue, j’ai été profondément déçue par certaines attitudes. Et parce qu’en toute honnêteté, je n’ai pas envie d’entrer dans le jeu de ce monde politique ultra-polarisé qui me fait froid dans le dos.

Centriste, progressiste, ni de gauche et ni de droite

«Mais alors, tu es de droite ou de gauche?» Cette question, je l’ai entendue mille fois.

Une fois pour toute, je suis centriste et progressiste. Je ne suis pas à l’aise dans un environnement politique polarisé et polarisant. Cette vision binaire et partisane ne correspond pas du tout à ma personnalité et à ma façon d’envisager la politique. Je suis lassée de me justifier continuellement auprès des uns et des autres de cette question apparemment si importante d’être «de droite ou de gauche». Histoire de se faire étiqueter et ranger dans le tiroir poussiéreux d’un duopole qui a 150 ans!

Je pense que le monde est complexe et qu’on ne peut pas le résumer à une seule compréhension du monde. On ne peut le simplifier ni par la droite, ni par la gauche.

Si la droite, c’est défendre des idées conservatrices, traditionalistes, patriarcales et surtout, de s’allier avec l’extrême-droite potentiellement fascisante sous des prétextes électoralistes, alors je ne suis pas de droite.

Si la gauche, c’est rejeter l’économie par principe et sans nuance, se penser meilleur·e et plus vertueux·se que les autres tout en défendant régulièrement des prérogatives claniques, alors je ne suis pas de gauche.

Au milieu, il y a un espace où l’on peut se mouvoir sans fermer les yeux sur une partie de la réalité et en tenant compte de l’avenir. Je suis écologiste, libérale modérée et progressiste, humaniste, féministe et attachée à notre économie locale. Je suis une femme de nuances et je recherche des équilibres plutôt que des absolus, au sein d’un parti qui ne brade pas ses valeurs.

La congruence: faire coïncider ses intentions, ses paroles et ses actes

La congruence, en politique, en entreprise, comme dans la vie quotidienne, c’est la seule manière d’avancer sans se trahir et sans trahir ses interlocuteurs·trices. Il y a des limites qu’on ne peut pas franchir pour espérer «gagner» sur un coup de poker menteur. Gagner quoi? Un siège «calculé»? Un siège qui étouffe la sensibilité de son propre électorat au profit d’idées qu’on ne partage pas? A se livrer à certaines pirouettes contre-nature, on en est presque à perdre sa dignité intellectuelle; si c’est ça la politique, je vois mal comment m’y interpréter, c’est contraire à toutes mes convictions.

Afin de ne pas accepter le jeu de ces alliances qui étouffent les sensibilités et la nuance, si nécessaires en ce monde d’amalgames grossiers et trompeurs, je vous invite à soutenir les listes 07 et 58 des Vert’libéraux neuchâtelois, «droits dans leurs bottes», qui ont fait le choix d’avancer en gardant leur indépendance en dehors de ce duopôle d’alliances géantes.

2 réponses à « Pourquoi je ne me représente pas au Grand Conseil »

  1. Je te remercie infiniment de ton travail de députée. En ayant donné deux voix à Brigitte et Pascal, je souligne la nécessité de casser la culture de clash analysée par Antoine Vuille.

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  2. Merci Caroline pour ces explications. Et bravo d’avoir tenté l’expérience pendant quelques années. Il me semble que perception de ce que tu ne veux pas pourrait bien expliquer les réticences de plusieurs femmes à se lancer en politique. En tous les cas, moi, je m’y retrouve. Et ma solution a été de faire de la politique « ciblée », hors parti. Un exemple: je trouvait qu’il fallait une ludothèque dans mon village. Je l’ai créée. Alors bonne suite sur ton chemin car je suis certaine que tu ne vas pas cesser pour autant d’être active et concernée par la société qui t’entoure. Juste trouver ta manière personnelle.

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